
Le dirigeable, ce superbe vaisseau du ciel, a pratiquement disparu
mais il reste dans les esprits. Depuis la réforme en 1962
du ZPG-3, dirigeable souple américain d'observation de 42
000 m3, bien des propositions sont apparues, avec peu de réalisations.
S'agissait-il d'une nostalgie poétique ou le dirigeable retrouvera-t-il
motivation et succès ?
ÉCONOMIE, FIABILITÉ
ET SÉCURITÉ
Si les défauts du dirigeable sont bien connus par rapport
à l'avion et l'hélicoptère, ses qualités
sont nombreuses. On lui reproche une faible vitesse, un grand volume
rapporté à la charge, d'où un espace important
pour l'attache au sol et la nécessité d'un lest ou
de moyens dynamiques pour les variations de charge.
En
revanche, le dirigeable permet le vol lent ou stationnaire, sa dépense
d'énergie en croisière reste faible, il ne nécessite
pas de pistes dures et les moteurs orientables en tangage ont amélioré
sa maniabilité. L'atterrissage s'effectue à faible
vitesse, éliminant les risques rencontrés avec les
avions. En cas d'accident avec perte de gaz, la descente est lente,
éventuellement en vol plané si la forme s'y prête,
et le contact au sol reste moins dangereux que celui d'un avion.
L'hélium, ininflammable et aujourd’hui plus disponible,
a supprimé les causes d'accident inhérentes à
l’utilisation de l’hydrogène et le gaz naturel
se montre d’un grand intérêt comme carburant.
La construction souple a prouvé sa fiabilité, notamment
par l'exploitation des « blimps » pendant la Seconde
Guerre mondiale. Avec ces appareils, les possibilités de
ruptures structurelles en vol, rencontrées sur les dirigeables
« rigides » sont éliminées. La construction
souple autorise l’extrapolation à de très grandes
dimensions pour l'emport de charges considérables,
Les dirigeables « hybrides » à enveloppes larges
permettraient d'accroître la charge par portance dynamique,
si l'on accepte un léger roulage au sol (Short Takeoff and
Landing - STOL).
DES
EMPLOIS TRÈS VARIÉS
En vol captif ou en drone téléopéré,
le dirigeable de petite taille est particulièrement bien
adapté à une observation locale, silencieuse et sans
vibrations. Avec un équipage léger, il est capable
de missions plus soutenues de surveillance (terrestre et maritime)
ou d’exploration scientifique avec des vols de plusieurs semaines.
La plaisance, le sport, le raid, les survols touristiques des sites
remarquables sont bien évidemment envisageables, tout comme
les croisières en mer avec l’utilisation du «
Chien-de-Mer », dérive stabilisée en bout de
câble, permettant l'action du vent sur l'enveloppe et une
propulsion éolienne sans moteur.
Les tailles plus importantes ouvrent le dirigeable au domaine du
transport de charges de tous tonnages. Cela peut aller de quelques
tonnes pour des missions d'urgence en pays peu équipés,
à quelques dizaines de tonnes, pour des transports directs
site à site de composants industriels encombrants, avec la
possibilité de dépose sur le point exact d'installation
(grue volante) et enfin à quelques centaines de tonnes, pour
le transport ou la manipulation de composants massifs, comme c’est
souvent le cas dans la construction de centrales électriques
ou d’ouvrages d’art, par exemple.
Quelle que soit sa taille et quelles que soient ses missions, le
dirigeable reste aussi un formidable vecteur de communication offrant
un espace publicitaire sans pareil.
DES
INNOVATIONS NÉCESSAIRES
Il est clair que pour assurer toutes ces missions, les techniques
traditionnelles de conception et de construction des dirigeables
doivent prendre en compte un certain nombre d’innovations
en particulier dans les domaines de l’atterrissage et de l’ancrage
au sol,
Jusqu'à présent, l'attache au sol est assurée
par l’intermédiaire d’une liaison articulée
entre l'avant du dirigeable et un mât érigé
sur le terrain. Ceci implique que chaque terrain d'atterrissage
soit équipé d’un mât fixe ancré
au sol ou qu’il permette l’accès d’un camion
faisant office de mât. Dans cette deuxième configuration,
le camion doit se déplacer, plus vite que le dirigeable,
d'un site d‘accueil à l'autre, avec toutes les contraintes,
difficultés, voire impossibilités, que cette obligation
induit.
Dès l’atterrissage, le transfert au mât s’effectue
soit par une équipe au sol, soit directement si l’atterrissage
a eu lieu près du mât mais avec des risques de contact
et d'accident.
La première des innovations consiste donc à concevoir
une attache qui soit plus centrée sous l'enveloppe et ne
requière qu'un point d'ancrage au ras du sol, aménageable
rapidement, sur tout site, par le seul équipage.
Innover, c’est permettre la fixation des charges de grandes
dimensions à ce même point d’ancrage, soit directement,
soit par l'intermédiaire d'une élingue pour permettre
leur emport ou leur dépose sur des sites encombrés,
c’est assurer, en cas de vents forts, la stabilité
du dirigeable en vol captif sur cette élingue, c’est
optimiser la maniabilité d’approche, aussi bien en
direction (lacet) qu’en altitude.
Innover,
c’est repenser la compensation de charge qui ne peut rester
assurée par le simple lestage. Et, dans ce cadre, les procédés
proposés de variation de portance par compression sont inacceptables,
en raison des risques encourus, de la masse des équipements
et de la lenteur des réactions. Pour les missions de transport,
il est clair qu’il faut recourir à des rotors à
action verticale, disposés efficacement sur l'appareil pour
éviter toute fatigue de l'enveloppe.
Innover, c’est rechercher les économies réalisables
en matière d’énergie, notamment celles liées
aux missions directes de transport (site à site) et à
l'effet de l'accroissement de tonnage pour aboutir à des
conditions d’utilisation plus favorables que pour les avions.
Il n’est pas sûr que l'utilisation « d'énergies
nouvelles », parfois évoquée, chère,
lourde et non adaptée à un marché qui restera
réduit par rapport à celui du transport terrestre
ou maritime, soit la bonne voie à suivre.
Les innovations peuvent être importantes. Si elles nécessitent
des études pour chaque appareil, leurs caractéristiques
générales doivent d'abord être validées
sur des maquettes et/ou des démonstrateurs de taille réduite.
C’est la double destination que nous avons donnée au
Liftium-1000, à savoir assurer les missions dévolues
au dirigeable de petite taille (surveillance, observation, publicité,
raid, etc.) et permettre la validation d’innovations applicables
à des appareils de plus grande taille.
Les appareils dédiés au soulèvement et la dépose
de charges importantes sur des sites encombrés (grues volantes)
pourront, par exemple, conserver les mêmes solutions pour
une enveloppe à laquelle sera suspendue par câbles
une nacelle motorisée, équipée du système
d’emport de la charge (projet HAL).
DES
VOCATIONS
Les premiers vols du Liftium-2 et du Liftium-1000 ont également
pour objectif de permettre au grand public, aux acteurs économiques,
aux institutionnels et aux
collectivités territoriales de se familiariser à nouveau
avec ce type d'appareil, d’en mesurer l’intérêt
et l’utilité, de prendre en compte les aspects économie,
sécurité et fiabilité du dirigeable et de le
considérer comme un outil majeur au profit du développement
et de l’aménagement durables. Pour ce faire, chaque
vol de démonstration sera l’occasion d’une mission
opérationnelle.
Nous espérons enfin que le renouveau du dirigeable et son
utilisation au quotidien suscitent un plus grand intérêt
des jeunes pour les carrières scientifiques ou technologiques.
Parallèlement aux premiers vols, nous proposerons des classes
de découverte des principes appliqués à l’aérostation,
la propulsion, la navigation ainsi que des initiations en «
live » sous hangar à partir de petits dirigeables à
propulsion musculaire.
Didier
Costes - Jean Thyrard
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