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Prospective & Stratégie 

 
Le patrimoine
   
« ÉCAUSSEVILLE FOR EVER »
 

Le 26 juin 1794, l’armée française gagne la bataille de Fleurus et contraint les forces coalisées à abandonner la Belgique et se replier en Allemagne. Pour la première fois, les militaires utilisent un ballon captif qui leur permet d’observer les positions ennemies. Malgré cet apport considérable dans l’acquisition du renseignement, il faut attendre l’apparition des dirigeables, une cinquantaine d’années plus tard et le début des années 1900, pour que le ministère de la Guerre prenne conscience des possibilités et de l’apport potentiel de ces aéronefs. dans les conflits à venir. Il passera commande de son premier dirigeable « Le Patrie » en novembre 1906.

La Première Guerre mondiale et la lutte contre les sous-marins allemands dans la Manche donnèrent leurs heures de gloire aux dirigeables d’observation. L’entre-deux-guerres et les progrès fulgurants de l’aviation eurent raison de l’utilisation des dirigeables dans nombre de forces armées européennes.
Les dirigeables ne disparaissent pas pour autant. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, un dirigeable anglais traverse l’océan atlantique ouvrant la voie aux dirigeables « paquebot » avec cabines luxueuses. Roald Amundsen, lui est convaincu que le dirigeable présente des capacités de survol et de traversée de l’Arctique que l’avion ne permet pas encore. A bord du « Le Norge » offert par l’Italie, il relie le Spitzberg à Teller (Alaska) en deux jours du 11 au 13 mai 1926.
C’est sans doute l’Allemand Zeppelin, avec plus de cent « vaisseaux » construits jusqu’en 1938, qui est le plus en pointe dans ce domaine, tant et si bien que le nom « Zeppelin » passe dans le langage commun. La société de construction et la compagnie aérienne sont basées à Friedrichshafen, au bord du lac de constance, à la limite de la Suisse et de l’Autriche et à l’époque, le hangar d’assemblage était flottant, ce qui permettait d’aligner les aéronefs en fonction du vent. Aujourd’hui la société Zeppelin construit toujours des dirigeables dont le modèle NT (ci-contre) à vocation spécifiquement touristique.

Écausseville abrita les dirigeables de la Marine nationale au cours de la Première Guerre mondiale et jusque dans les années trente. Construit entre 1917 et 1919, il est une merveille d’architecture. Conçu par l'ingénieur Henry LOSSIER et construit par les Etablissements FOURRÉ et RHODES. Il mesure 150 m de long et 31,5 m de haut. Il est constitué de trois ensembles de chacun neuf fermes en béton armé, réunies par des pannes. La couverture est formée de 3 552 tuiles en ciment armé. Le hangar de Montebourg est un des ouvrages les plus importants construits en béton armé du début du vingtième siècle. Il a d’ailleurs servi de modèle de calcul d'ouvrages dans le manuel du "Cours de Béton Armé " de l'École Spéciale des Travaux Publics.

Les douze centre de dirigeables chargés de repérer et de chasser les sous-marins allemands ont été construits tout au long de la façade maritime en Corse, en Algérie et en Tunisie. Du nord au sud, ils étaient localisés à : Marquise-Rinxent (Calais) ; Le Havre ; Montebourg ; Guipavas (Brest) ; Paimboeuf (Saint Nazaire) ; Rochefort ; Aubagne (Marseille) ; Cuers-Pierrefeu (Toulon) ; Mezzana (Corse) ; la Senia (Oran) ; Alger Baraki ; Bizerte. Seul le hangar d’Ecausseville a subsisté.